Sonia Janer

l y avait derrière la maison, un poirier.
Son tronc, à demi caché par un muret laissait au-dessus s’exposer ses branches chargées matinalement de pigeons et de colombes.

Leurs chants arrivaient jusqu’à la chambre de la petite fille, de l’autre côté du jardinet. Elle savait qu’à l’intérieur de celui-ci résidait une tortue de terre. S’éveiller chaque matin avec le chant de ces oiseaux, l’incitait à ne jamais laisser les volets clos. Au travers de la mousseline des rideaux de sa chambre, elle assistait à ce spectacle dès les premières lueurs de l’aube. Et cela l’enchantait.

Elle se savait privilégiée. Combien d’enfants se disait-elle, s’offraient chaque jour un aussi doux réveil ? L’un de ses grand-père était conteur, l’autre magicien et marionnettiste : une enfance de rêve.

Les années ont passé et les histoires enfantines sont restées. Le dessin aussi, pratiqué depuis le plus jeune âge.
Arrivée à Paris, travaillant dans différents contextes, Sonia Janer s’est finalement tournée vers les enfants. C’est au milieu des livres qu’elle devint à son tour conteuse.
Auparavant dix années de technique vocales et de concerts firent leur œuvre sur sa voix.
Qu’est donc devenue la tortue du jardinait, me direz-vous ? Grande question !
Etait-ce celle-là même qui prit à la course un lièvre décrit par les fables de La Fontaine ? Figurez-vous que rien n’est moins sûr. Mais comment ne pas être inspiré par les contes quand on vit en pleine nature ? Chaque endroit dans la campagne nous raconte son histoire à demi-mots.
Dans chaque village est restée une légende connue ou oubliée. Là, un lavoir où vint s’abreuver la Vouivre, ici une grotte cachant un dragon, là encore, un sentier, terreur des passants, car il abritait jadis le loup ! Mais la Ville alors ? Où donc cache-t-elle sa poésie ? La Ville cache sa poésie dans ses rues. C’est l’histoire de la rue du Moulin de la Vierge à Paris. La rue de la Tombe Issoire et la légende du géant Isoré, celle de la rue des Quatre Fils où apparaît le roi Charlemagne… Il m’est arrivé une aventure extraordinaire quand je suis arrivé dans cette grande Ville.
J’ai croisé Sonia Janer un jour, Place des Vosges. Nous étions assis tous deux sur l’un des bancs et nous regardions des petits enfants jouant dans le bac à sable. C’est ainsi que j’ai fait sa connaissance.
Je ne sais comment ce jour-là, elle s’est mise à me parler, mais elle m’a raconté que sur cette même place, il y a un arbre à fées.
Elle avait l’air si sûr d’elle-même, que je suis revenu le soir en cachette. Et j’ai patienté afin de vérifier. Longtemps, des heures même, j’ai attendu. Et j’ose le dire ! Elle avait raison.
Cet arbre à fées me rappelle tout à fait l’arbre aux oiseaux de son enfance. A la place des colombes étaient des fées virevoltantes et colorées.
Vous me pardonnerez si je souhaite garder l’anonymat. Car en effet, il paraît que les adultes sont incapables de voir les fées. Et pourtant…
Mais je préfère ne pas signer cet article de peur que ma parole soit mise en doute ou d’être pris pour un fou.
Si vous voulez connaître cette légende, n’hésitez pas à le lui demander. Je suis certain que Sonia se fera un plaisir de vous la raconter. C’est une histoire qui n’est mentionnée dans aucuns livres. Mais je puis vous assurer, que vous en resterez bouleversé et transformé à jamais !

Au bout du compte, il y a toujours un enfant qui sommeille en nous.